Le retour du guerrier

100 ans plus tard, le souvenir d'un poilu rentre au pays

 En gravant son nom sur un mur, le soldat René Gain ne se doutait pas de ce qui allait lui arriver 100 ans plus tard. Mort au front de Verdun en 1915, ce poilu tourlavillais de 26 ans a fait l’objet de recherches, d’échanges… jusqu’à ce joli jour de juin 2016 où des lycéens et des soldats lui ont redonné vie et permis de rentrer au pays. Récit.

C’est une belle histoire, comme seule la réalité sait en imaginer. Tout commence avec la Première Guerre mondiale et l’engagement des jeunes français qui montent au front la fleur au fusil, convaincus par la propagande que le conflit ne durera pas. La réalité du terrain sera toute autre et c’est une des pages les plus
noires de l’Histoire qui s’écrira entre 1914 et 1918.
Peu de familles françaises seront épargnées par les énormes pertes occasionnées pendant cette période. Tourlaville n’échappera pas à cette terrible règle et le monument aux Morts pour la France a gravé dans sa mémoire les noms de ses enfants du pays disparus dans les tranchées ou sur les champs de bataille de la Meuse notamment.

Des soldats mènent l’enquête
100 plus tard, c’est une simple inscription sur les murs d’un château en ruine qui galvanisera l’attention de militaires férus d’histoire. Le graffiti est sobre : « GAIN René AVRIL 1915 ». Patiemment, ils remonteront la filière et localiseront le soldat Gain dans la Manche, à Tourlaville. Son nom figure sur le monument aux morts mais on veut en savoir plus. Un mail en mairie, transmis au lycée professionnel permettra d’écrire une conclusion heureuse à cette histoire que l’oubli aurait pu absorber.

Une rencontre improbable
De mails, en coups de fil, les recherches toucheront du bout du doigt l’élucidation du « mystère Gain ». On retrouve la maison où sa famille vécut, rue Thiers actuellement Général Leclerc, on se documentera pour préciser son parcours. Petit à petit, le soldat Gain est devenu centre d’intérêt pour les militaires d’abord et pour tout un groupe d’élèves du lycée professionnel qui – sous la houlette de leur prof’ d’histoire -  se prendront au jeu. Au passage, le court magistral fera place à une aventure historique, une quête digne d’un jeu de piste. Chacun est libre d’en retenir sa version, ce sera la bonne.

Rendez-vous est pris
L’anecdote de départ devient projet de classe, fil rouge d’enseignement et les soldats de la Meuse se font pressants d’organiser une rencontre. L’invitation est lancée de venir à Verdun rechercher le graffiti du soldat Gain. Ce sera le jeudi 23 juin. Un groupe de « braves » mettra à mal son sommeil pour partir très tôt le matin sous la pluie et les orages pour accomplir sa mission. Après un long périple, Verdun est apparu encore plus impressionnant qu’imaginé. La chaleur écrasante (34 degrés !) entamera à peine le moral des troupes. Après une visite guidée sur le terrain, il restait à retrouver René.

René est de retour
Aboutissement du voyage, la rencontre avec les militaires sera un moment à la fois digne et convivial. René Gain, héros du jour, est apparu important, emblématique de ces milliers de soldats « enfants de leur pays » morts à Verdun. L’échange entre soldats et lycéens, à proximité du lieu où un jeune Tourlavillais, 100 plus tôt, perdait la vie la veille d’une permission a pris un tour particulier. Le graffiti de René, remis officiellement aux élèves, est aujourd’hui à Tourlaville. C’est comme un retour au pays qui ravive la flamme d’une mémoire qui se transmet de génération à génération, de soldats passionnés à professeurs investis vers des lycéens désormais dépositaires d’une histoire tragique mais chargée d’enseignements. Nous ne sommes pas prêts d’oublier René Gain et tous ses semblables.


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Article de l'Est républicain